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Quand nous arrivons à l’étage où est située sa chambre, Armande attend l’ascenseur. Elle s’apprête à aller déjeuner dans la salle à manger, située au rez-de-chaussée. Elle porte à son bras un sac à main rouge et a mis un gilet sur ses épaules. Le soignant qui nous accompagne l’interpelle :
« Bonjour Armande. La société qui vient nous présenter un nouveau matériel est là. Est-ce que nous pouvons vous le montrer maintenant ? »
Armande fait demi-tour avec le sourire et sort de son sac la clé de sa chambre. Elle nous accueille dans une espace chargé de son histoire : 2 meubles personnels de petite taille, bibelots, photos de famille, images pieuses. Elle semble avoir fait sien cet espace de vie. Sa chambre, c’est son chez-soi. Elle en sort comme elle sortirait de son appartement, chaussée et fermant sa porte à clé. Mais est-ce le cas pour tous les résidents ?

Vivre dans un lieu suffit-il à en faire son chez-soi ?

Le paradoxe de la chambre dans un établissement d’hébergement, c’est de parvenir à créer un espace intime à l’intérieur d’une collectivité et réinventer ce chez-soi qui nous est si précieux. Pour bien le mesurer, il faut comprendre qu’il ne se limite pas à quatre murs. Il englobe également l’environnement qui gravite autour : les commerçants, les voisins, les amis….tout ce que l’on n’emporte pas dans ses valises quand on entre en EHPAD. La chambre, devenue le seul espace privé, ne joue pas toujours son rôle intime de séparation avec le monde extérieur. C’est peut-être là que se joue la différence fondamentale entre un domicile privé et une chambre dans un EHPAD – le fait qu’on puisse y entrer à tout moment sans y avoir été invité. La surveillance médicale, le service de ménage sont autant d’intrusions qui limitent la capacité à se sentir chez-soi. La frontière entre les espaces communs et les espaces privés devient flou.

Favoriser l’appropriation d’un espace

Il faut savoir jongler avec les règles de fonctionnement de l’institution et la personnalité singulière de chacun, ne pas faire à la place de et maintenir l’autonomie le plus possible. Certains établissements laissent une vraie place aux résidents dans l’organisation de la résidence : aide dans la cuisine ou la lingerie, possibilité de faire son lit seul ou avec de l’aide… des petites choses qui ancrent dans le quotidien et font se sentir intégré dans une communauté.
Quand nous accompagnons nos clients dans l’aménagement des chambres, nous suggérons certaines approches qui peuvent favoriser l’appropriation des espaces privés :

  • Varier la couleur d’un mur, du dessus de lit ou des sièges dans les chambres pour qu’elles ne soient pas toutes identiques et pour casser l’impression « chambre d’hôtel » dans laquelle on n’est pas chez soi.
  • Ne pas trop meubler et permettre au résident d’apporter une commode, un fauteuil lui appartenant, un fragment de son ancienne vie qui fait le lien avec la nouvelle.
  • Encourager la décoration et ménager des espaces qui accueilleront les bibelots, livres et autres souvenirs. Une chambre qui reste impersonnelle serait le signe que le résident ne se l’approprie pas.
  • Réserver des petites pièces dans l’établissement pour lire le journal, jouer aux cartes, se retrouver à 3 ou 4 et permettre au résident de se construire une vie de quartier en dehors des murs de sa chambre.

Nous avons déjà abordé la difficulté de concevoir des espaces de vie destinés à d’autres (ici). Pensons-les comme une coquille protectrice, une limite intime malléable que le résident doit pouvoir modeler à son image.

CG.

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