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Quatre murs.
Quatre murs et une fenêtre pour seul horizon.

Nous ne sommes pas dans la cellule d’une prison mais dans un EHPAD confiné, où chaque résident a été invité à ne plus quitter sa chambre.
À l'heure où les règles du confinement semblent s’assouplir pour ces établissements, quel regard pouvons-nous porter sur cette période d’enfermement forcé ? Nécessaire ?
Depuis le 11 mars dernier, il a beaucoup été question de la protection des populations fragiles, plaçant la santé comme prioritaire, au-dessus de tout. On a moins parlé des effets indésirables de ce confinement, ressenti pour certain comme un remède qui empoisonne plus qu’il ne soigne : dépression et sentiment d’abandon qui amènent au syndrome de glissement. Le dévouement du personnel soignant, accaparé et désœuvré, n’y change rien.

Quatre murs.
Quatre murs et pas de but dans la journée.

Les témoignages recueillis par les journalistes fleurissent dans la presse ou sur les chaines d’info. Plus de prise de repas en commun, plus de visites, plus d’activité. Loin des leurs, les personnes âgées s’étiolent.
Certains prennent leur mal en patience, fatalistes. D’autres, plus rares, outrepassent les règles, sous le regard complice d’un voisin. "J'ai vu des dames âgées qui se promènent dans le couloir, qui vont voir leurs copines avec leurs fauteuils, je les vois passer. Mais normalement elles ne doivent pas !" raconte Eli 93 ans à son fils lors de leur conversation téléphonique quotidienne. Pour d’autres, nombreux, les journées sont mécaniques, sans attraits. Les heures s’égrènent, identiques, ponctuées d’un coup de téléphone des familles dont la saveur est plus proche de celle de l’édulcorant que du sucre.

Quatre murs.
Quatre murs et un couvercle pour refermer la boîte.

« Des gens vont mourir d’autres choses que du coronavirus : du confinement, de l’isolement et de la solitude » déclarait Pascal Champvert au cours d’une conférence de presse téléphonique qu’il donnait suite à la fermeture des EHPAD.
L’absence de contact physique est douloureuse. Les câlins, les caresses sont une denrée affective vitale dont la privation peut être fatale. L’absence de l’autre, des autres, gangrène les dernières années d’une vie. Certains philosophes (1) se sont élevés devant la privation de liberté, dénonçant un enfermement systématique et trop long. Combien de vies sauvées par le confinement, combien de vies perdues ? Le temps apportera peut-être ses réponses.
En attendant, l’homme reste un mammifère qui ne sait pas vivre seul. Cette crise sanitaire aura fait découvrir au monde que mourir de chagrin, ce n’était pas qu’une expression.

CG

(1) André Comte-Sponville lors de plusieurs interventions à la radio et à la télé

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1 Comment

  1. La plume de CG, toujours aussi poignante, toujours aussi fine !

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